Une avancée historique pour les infirmières de l’Éducation nationale 🎉
Un courrier ministériel qui change la donne
Dans un courrier daté du 17 juillet adressé aux rectorats, la Direction générale des ressources humaines (DGRH) du ministère de l’Éducation nationale a officialisé cette possibilité. Conformément à un avis du collège de déontologie, les personnels infirmiers peuvent désormais exercer, en dehors de leurs obligations de service, une activité de soins en tant qu’infirmier libéral, ainsi qu’une activité dans un établissement public ou privé à but non lucratif, notamment un établissement de santé ou médico-social.
Cette décision met fin à des années d’incertitude et de disparités entre académies. Certaines infirmières scolaires avaient déjà tenté l’aventure du cumul, comme Brigitte B., qui avait partagé son expérience en 2011, décrivant un parcours administratif complexe auprès de l’Agence régionale de santé (ARS), du Recteur d’Académie et de la Sécurité sociale pour effectuer des remplacements en libéral.
Les conditions précises du cumul d’activités
Le ministère a toutefois posé des garde-fous essentiels. Le cumul d’activités ne doit pas porter atteinte au bon fonctionnement du service scolaire, qui reste la priorité. L’agent devra également être recruté directement par l’établissement de santé concerné et non par l’intermédiaire d’une société d’intérim, une précision importante pour garantir la qualité et la continuité des soins.
Ces conditions visent à préserver la mission première des infirmières scolaires : veiller à la santé et au bien-être des élèves au sein des établissements scolaires, tout en leur offrant une flexibilité professionnelle inédite.
Pourquoi cette mesure était-elle si attendue ?
Des revendications syndicales de longue date
Gwenaëlle Durand, secrétaire générale du syndicat d’infirmiers scolaires Snies-Unsa, a salué la rapidité de réaction du ministère. Cette possibilité de cumul était réclamée depuis des années par les infirmières scolaires et leurs représentants syndicaux, qui y voyaient une reconnaissance de leurs compétences et une opportunité d’enrichir leur pratique professionnelle.
Le syndicat souhaite désormais que cette possibilité soit légiférée pour garantir sa pérennité. « Demain, si le ministre change et ne souhaite plus autoriser le cumul, nous pourrions revenir à la situation précédente », explique Gwenaëlle Durand. Cette demande de sécurisation juridique est cruciale pour que les infirmières puissent s’engager sereinement dans cette double activité.
L’expérience du Covid-19 comme catalyseur
En 2020, les infirmières scolaires avaient été autorisées à renforcer ponctuellement les équipes hospitalières mobilisées face à l’épidémie de Covid-19. Cette expérience a démontré leur capacité à intervenir efficacement dans des contextes variés et a mis en lumière l’intérêt d’une plus grande flexibilité dans l’exercice de leur profession.
Bon à savoir 💡
L’autorisation temporaire accordée pendant la crise sanitaire a servi de test grandeur nature et a convaincu les autorités de l’intérêt d’une mesure pérenne.
Des témoignages qui révèlent les attentes de la profession
Les motivations des infirmières scolaires pour exercer en parallèle sont multiples. Une infirmière s’exprimant en 2014 sur un forum professionnel confiait son sentiment de ne pas être épanouie dans son rôle et se questionnait sur les opportunités de l’exercice libéral, cherchant reconnaissance et diversité de tâches.
Cette quête d’autonomie et d’épanouissement professionnel est un fil conducteur dans les témoignages. La possibilité de diversifier les pratiques est vue comme une véritable évolution de carrière, permettant d’enrichir les compétences et de répondre à une charge mentale parfois importante, à un manque de reconnaissance et à une difficulté de mener toutes les actions de prévention souhaitées dans leur rôle principal.
Un levier contre les déserts médicaux 🏥
La crise de l’accès aux soins en France
Les déserts médicaux touchent environ 3,8 millions de personnes en France, un chiffre en augmentation constante. Ce phénomène ne concerne pas uniquement les zones rurales éloignées, mais aussi certaines villes de taille moyenne ou des banlieues de grandes villes. Le manque de médecins généralistes est particulièrement aigu, et l’accessibilité géographique à ces professionnels continue de se dégrader.
Les habitants de ces zones doivent parfois parcourir de longues distances pour se faire soigner et rencontrent des difficultés majeures à obtenir des rendez-vous médicaux. Dans ce contexte, chaque professionnel de santé supplémentaire compte.
Le rôle clé des infirmières libérales dans le maillage territorial
Les infirmières libérales (IDEL) sont déjà reconnues comme des acteurs essentiels pour pallier la désertification médicale grâce à leur maillage territorial étendu. Contrairement aux médecins, la densité des IDEL progresse sur la quasi-totalité du territoire. Elles couvrent l’ensemble du territoire national, y compris les zones de sous-dotation médicale.
Leurs missions se sont considérablement diversifiées : elles sont souvent le premier contact pour des patients isolés, effectuent des actes techniques et jouent un rôle crucial dans le suivi des maladies chroniques, la prévention et l’éducation thérapeutique. La loi du 27 juin 2025 a profondément réformé la profession infirmière, reconnaissant la consultation et le diagnostic infirmiers, et élargissant le droit de prescription de certains produits et examens complémentaires.
Comment les infirmières scolaires peuvent renforcer l’offre de soins
La possibilité pour les infirmières de l’Éducation nationale de cumuler leur emploi principal avec une activité libérale ou en établissement de santé représente une opportunité stratégique pour renforcer l’offre de soins dans les déserts médicaux :
Augmentation de la disponibilité des soins infirmiers : En exerçant en libéral en complément de leur activité scolaire, ces infirmières pourraient offrir des consultations, des soins à domicile ou des actes techniques dans des zones où l’accès aux IDEL est limité. Cela permettrait de combler des manques et de réduire les distances que les patients doivent parcourir.
Renforcement du maillage territorial : Les infirmières scolaires sont déjà réparties sur le territoire national. En leur permettant d’exercer en libéral, cela pourrait étendre ce maillage aux soins de proximité en dehors du cadre scolaire, sans nécessiter de nouvelles installations complètes.
Diversification des compétences disponibles : Les infirmières scolaires possèdent des compétences spécifiques en matière de prévention, d’éducation à la santé et de suivi individualisé, notamment en santé mentale. Ces compétences pourraient être mises au service d’une patientèle plus large, y compris les adultes et les personnes âgées.

Les compétences spécifiques des infirmières scolaires au service de tous
Une expertise en prévention et éducation à la santé
Les infirmières de l’Éducation nationale ne se contentent pas de soigner les petits bobos à l’infirmerie. Elles sont de véritables expertes en prévention et en éducation à la santé, menant des actions sur des thématiques variées : nutrition, hygiène, addictions, santé mentale, éducation à la sexualité, ou encore prévention du harcèlement.
Cette expertise en promotion de la santé est particulièrement précieuse dans le contexte actuel où la prévention est reconnue comme un pilier essentiel pour réduire les dépenses de santé et améliorer la qualité de vie. En exerçant en libéral, ces professionnelles pourraient transposer ces compétences auprès d’une population plus large.
Des professionnelles déjà réparties sur tout le territoire
Un atout majeur des infirmières scolaires réside dans leur présence sur l’ensemble du territoire. Contrairement à d’autres professionnels de santé qui se concentrent dans les zones urbaines, les infirmières scolaires sont présentes partout où il y a des établissements scolaires, y compris dans les zones rurales et les quartiers défavorisés.
Cette répartition géographique en fait des actrices potentielles de premier plan pour améliorer l’accès aux soins dans les territoires sous-médicalisés, sans nécessiter de nouvelles installations coûteuses.
La diversification des missions grâce à la loi de 2025
La loi du 27 juin 2025 a marqué un tournant pour la profession infirmière en France. Elle a reconnu la consultation et le diagnostic infirmiers, permettant un accès direct aux infirmiers, remboursé par l’Assurance maladie, sous réserve d’un compte rendu au médecin traitant. Cette réforme vise à alléger les tensions dans les déserts médicaux et à améliorer la continuité des soins.
Pour les infirmières scolaires, cette évolution législative renforce encore l’intérêt du cumul d’activités, leur permettant d’exercer pleinement leur rôle propre et de prendre en charge une partie des soins courants, déchargeant ainsi les médecins généralistes sursollicités.
Les défis et précautions à anticiper ⚠️
Garantir le bon fonctionnement du service scolaire
La première préoccupation du ministère est légitime : le cumul d’activités ne doit pas nuire à la mission première des infirmières scolaires. Les élèves doivent continuer à bénéficier d’un accompagnement de qualité en matière de santé au sein de leur établissement.
Il faudra donc veiller à ce que les horaires de l’activité complémentaire soient compatibles avec les obligations de service à l’Éducation nationale. Les infirmières devront faire preuve d’organisation rigoureuse pour concilier ces deux activités sans compromettre ni l’une ni l’autre.
Éviter la surcharge de travail
Le cumul d’activités présente un risque évident de surcharge de travail et de fatigue professionnelle. Les infirmières qui choisiront cette voie devront être particulièrement vigilantes à leur propre santé et à leur équilibre vie professionnelle-vie personnelle.
La question de la double responsabilité est également un enjeu : exercer dans deux cadres différents implique de gérer deux types de contraintes, deux employeurs ou statuts, et potentiellement deux assurances professionnelles. Cette complexité administrative ne doit pas être sous-estimée.
La nécessité d’une législation pérenne
Comme le souligne le syndicat Snies-Unsa, l’instruction ministérielle, bien qu’importante, reste fragile. Un changement de ministre ou d’orientation politique pourrait remettre en cause cette possibilité. C’est pourquoi une inscription dans la loi est indispensable pour sécuriser durablement cette avancée.
Cette législation devrait également préciser les modalités pratiques : nombre d’heures maximum autorisées pour l’activité complémentaire, procédures de déclaration, articulation avec les congés et les obligations de service, etc.
Comparaison internationale : qu’en est-il ailleurs ?
Des modèles variés selon les pays
Le rôle et les responsabilités des infirmières scolaires varient considérablement d’un pays à l’autre. Aux États-Unis, elles jouent un rôle complet et essentiel, notamment dans la gestion des maladies chroniques, l’administration de médicaments, le soutien en santé mentale et la collaboration pour les plans d’éducation individualisés. Elles travaillent dans les écoles publiques et privées, financées majoritairement par les fonds de l’éducation.
En Europe, une spécialisation est souvent requise. En Suède, au Danemark, au Royaume-Uni ou en Pologne, les infirmières scolaires doivent généralement suivre une formation complémentaire d’un à deux ans en santé publique ou en santé scolaire après leur diplôme d’infirmier. Cela contraste avec la France et l’Espagne où une telle spécialisation n’est pas systématiquement exigée.
L’autonomie des infirmières praticiennes au Royaume-Uni et en Irlande
Au Royaume-Uni et en Irlande, les infirmières praticiennes (Nurse Practitioners – NP) bénéficient d’une grande autonomie. Elles peuvent exercer au sein du National Health Service (NHS) ou dans des cliniques privées. En Irlande, les NP jouent un rôle significatif en raison de la pénurie de médecins, et peuvent diagnostiquer et traiter les patients de manière autonome.
Ces modèles montrent une flexibilité dans l’exercice public et privé, bien que les informations spécifiques sur le cumul d’activités pour les infirmières scolaires soient peu documentées.
Les spécificités françaises dans le paysage européen
La France se distingue par cette nouvelle possibilité de cumul pour les infirmières de l’Éducation nationale. Avant cette mesure, le cumul d’un emploi public avec une activité libérale était possible sous certaines conditions strictes et nécessitait une autorisation explicite de l’administration.
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique nationale visant à mieux utiliser les compétences de l’ensemble des professionnels infirmiers pour améliorer l’accès aux soins, particulièrement dans les zones où les besoins sont les plus criants.
Les prochaines étapes pour sécuriser cette avancée 📋
Pour que cette mesure produise tous ses effets bénéfiques, plusieurs étapes restent à franchir :
Législation : Le vote d’une loi inscrivant définitivement cette possibilité dans le code de l’éducation et le code de la santé publique garantirait sa pérennité au-delà des changements gouvernementaux.
Cadrage précis : Un décret d’application devrait préciser les modalités pratiques : volume horaire maximum pour l’activité complémentaire, procédures de déclaration et d’autorisation, articulation avec les congés, gestion des conflits d’intérêts potentiels.
Accompagnement des professionnels : Les infirmières intéressées par le cumul d’activités auront besoin d’informations claires sur les démarches administratives, les implications fiscales et sociales, et les bonnes pratiques pour concilier les deux activités sans s’épuiser.
Évaluation : Il sera important de suivre l’impact de cette mesure sur le terrain : combien d’infirmières scolaires choisissent effectivement de cumuler une activité ? Dans quelles zones géographiques ? Quel impact sur l’accès aux soins dans les déserts médicaux ? Le service scolaire est-il maintenu à un niveau de qualité satisfaisant ?
Cette nouvelle possibilité de cumul d’activités pour les infirmières de l’Éducation nationale représente une avancée majeure, tant pour ces professionnelles que pour l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire. Elle reconnaît la richesse de leurs compétences et leur capacité à contribuer à la santé publique au-delà des murs de l’école. Reste maintenant à transformer l’essai en inscrivant durablement cette mesure dans la loi et en accompagnant les infirmières qui souhaiteront s’engager dans cette voie. Une chose est sûre : cette évolution témoigne d’une reconnaissance croissante du rôle essentiel des infirmières dans notre système de santé. 🏥✨













