Une pénurie qui s’installe durablement 💊
Les comprimés gastro-résistants touchés par des tensions de production
Les médicaments concernés par cette pénurie ne sont pas des comprimés d’aspirine ordinaires. Il s’agit de formulations spécifiques, dites “gastro-résistantes”, conçues pour ne pas se dissoudre immédiatement dans l’estomac. Cette particularité technique est essentielle : elle permet d’utiliser l’aspirine quotidiennement sans provoquer d’effets secondaires locaux comme des ulcères gastriques, tout en conservant ses propriétés anticoagulantes.
Les dosages touchés sont principalement le 75 mg et le 100 mg, des concentrations adaptées pour la prévention cardiovasculaire. Ces comprimés sont destinés à prévenir la formation de caillots dans le sang, réduisant ainsi considérablement le risque d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et d’infarctus du myocarde.
Une situation qui perdurera jusqu’en 2027
Contrairement à certaines ruptures de stock temporaires, cette pénurie s’annonce durable. Les tensions d’approvisionnement devraient persister au moins jusqu’au début de l’année 2027, ce qui représente une période particulièrement longue pour les patients concernés. Cette durée inhabituelle soulève des questions sur la nature exacte des problèmes de production rencontrés par Pfizer.
Bien que les causes précises n’aient pas été détaillées publiquement, plusieurs facteurs peuvent généralement expliquer ce type de difficultés : problèmes de fabrication, indisponibilité de matières premières, soucis logistiques ou investigations liées à la qualité. Lors d’une intervention devant le Sénat en 2023, le président de Pfizer France avait d’ailleurs souligné l’exigence de l’entreprise concernant la sécurité et la qualité de ses médicaments, mentionnant que des investigations approfondies pouvaient parfois entraîner des retards de production.
Comprendre l’aspirine cardiovasculaire et son rôle essentiel ❤️
Pourquoi ces comprimés sont différents de l’aspirine classique
L’aspirine que nous connaissons tous pour soulager les maux de tête ou la fièvre n’a pas grand-chose à voir avec l’aspirine cardiovasculaire, même si la molécule active reste la même : l’acide acétylsalicylique. La différence réside dans le dosage et surtout dans la formulation.
Les comprimés d’aspirine cardiovasculaire contiennent des doses beaucoup plus faibles (75 à 100 mg) que l’aspirine antidouleur classique (généralement 500 mg ou plus). Mais surtout, ils sont enrobés d’une couche gastro-résistante qui permet au médicament de traverser l’estomac sans s’y dissoudre, pour être absorbé plus loin dans le système digestif. Cette caractéristique est cruciale pour permettre une prise quotidienne sur le long terme sans abîmer la muqueuse gastrique.
Un traitement de référence pour prévenir les accidents cardiovasculaires
L’aspirine à faible dose est reconnue comme un pilier de la prévention cardiovasculaire, particulièrement en prévention secondaire, c’est-à-dire chez les personnes ayant déjà subi un événement cardiovasculaire. Ses propriétés anticoagulantes permettent de fluidifier le sang et d’empêcher la formation de caillots qui pourraient obstruer les artères et provoquer un infarctus ou un AVC.
Pour des millions de Français ayant des antécédents cardiovasculaires, ce traitement quotidien représente une protection vitale. L’interruption ou la modification non contrôlée de ce traitement peut avoir des conséquences dramatiques, comme en témoigne un cas rapporté sur la plateforme Carenity où un patient a fait un AVC après avoir oublié son traitement à plusieurs reprises.
Les mesures d’urgence mises en place par l’ANSM 🚨
Des autorisations exceptionnelles pour les pharmaciens
Face à cette situation préoccupante, l’ANSM a réagi rapidement en mettant en place des mesures exceptionnelles. Après consultation des représentants des patients et des professionnels de santé, l’agence a autorisé temporairement les pharmaciens à effectuer des substitutions entre les différents médicaments à base d’acide acétylsalicylique 75 mg et 100 mg en comprimés gastro-résistants.
Cette flexibilité permet aux pharmaciens de délivrer un médicament équivalent disponible en stock, même s’il provient d’un autre laboratoire que celui prescrit initialement. Plus encore, en l’absence de dosage équivalent, les pharmaciens peuvent même intervertir les dosages de 75 mg et 100 mg, une mesure inhabituelle qui témoigne de la gravité de la situation.
Comment assurer la continuité des traitements
L’objectif principal de ces mesures est de garantir la continuité des soins pour tous les patients dépendant de ce traitement. Les pharmaciens jouent un rôle central dans cette organisation, en gérant les stocks disponibles et en orientant les patients vers les alternatives appropriées.
L’ANSM a également demandé aux différents laboratoires concernés – Pfizer, Biogaran, Zentiva et Arrow – d’augmenter leurs approvisionnements pour atténuer les conséquences pour les patients. Cette coordination entre les différents acteurs de la chaîne pharmaceutique est essentielle pour limiter l’impact de la pénurie.

Quand le quotidien des patients se complique : témoignages et réalités
Des effets secondaires liés aux substitutions
Si les substitutions permettent d’assurer la continuité des traitements, elles ne sont pas toujours sans conséquence pour les patients. Sur la plateforme Carenity, plusieurs témoignages illustrent les difficultés rencontrées. Un patient a notamment rapporté en juin 2026 avoir souffert de nausées après le remplacement de son Resitune 75 mg par Asared 75 mg, s’interrogeant sur d’autres personnes dans son cas.
Ces réactions indésirables, même si elles ne sont pas systématiques, rappellent que chaque organisme peut réagir différemment aux excipients utilisés dans les différentes formulations. Ce qui fonctionne parfaitement pour un patient peut occasionner des désagréments chez un autre, même si la molécule active reste identique.
Les risques d’oubli et leurs conséquences dramatiques
Au-delà des problèmes de substitution, la pénurie peut également entraîner des ruptures dans la routine de prise du traitement. Un témoignage particulièrement marquant rapporté en janvier 2026 souligne le danger de l’oubli : un conjoint a fait un AVC après avoir omis son traitement d’aspirine à plusieurs reprises.
Bon à savoir 💡 : L’aspirine cardiovasculaire doit être prise quotidiennement, de préférence à heure fixe, pour maintenir son efficacité protectrice. Un oubli ponctuel n’est généralement pas dramatique, mais des oublis répétés peuvent compromettre sérieusement la protection contre les événements cardiovasculaires.
Les alternatives thérapeutiques disponibles 💡
Les inhibiteurs du P2Y12 : une famille d’anticoagulants efficaces
Face aux difficultés d’approvisionnement, il est rassurant de savoir que des alternatives médicamenteuses existent. Les inhibiteurs du P2Y12 constituent une classe importante de médicaments antiplaquettaires qui peuvent, dans certains cas, remplacer ou compléter l’aspirine. Ces médicaments agissent en bloquant l’activation des plaquettes par l’adénosine diphosphate (ADP), un mécanisme différent mais complémentaire de celui de l’aspirine.
Cette famille comprend trois médicaments principaux : le clopidogrel (commercialisé sous le nom de Plavix®), le prasugrel (Efient®) et le ticagrelor (Brilique®). Chacun présente des caractéristiques spécifiques qui peuvent le rendre plus adapté selon la situation clinique du patient.
Clopidogrel, ticagrelor et prasugrel : que choisir ?
Le clopidogrel est probablement l’alternative la plus connue et la plus utilisée. Des études récentes suggèrent même qu’en monothérapie, il pourrait être supérieur à l’aspirine pour la prévention secondaire des événements cardiovasculaires majeurs, sans augmenter le risque hémorragique. Il a également démontré son efficacité pour réduire les complications après une intervention coronarienne percutanée (PCI). Cependant, lorsqu’il est associé à l’aspirine, le risque d’hémorragies augmente, nécessitant une évaluation attentive du rapport bénéfice-risque.
Le ticagrelor se distingue par son action directe et réversible sur les récepteurs P2Y12. Des preuves solides soutiennent son utilisation en monothérapie comme option de désescalade durant la première année après une PCI ou un syndrome coronarien aigu, particulièrement chez les patients à risque hémorragique élevé. Il a montré une réduction des complications ischémiques, principalement grâce à une diminution du risque d’infarctus du myocarde, mais avec un risque d’hémorragies majeures près de deux fois plus fréquent que l’aspirine.
Le prasugrel, comme le ticagrelor, a démontré une efficacité supérieure au clopidogrel dans le traitement du syndrome coronarien aigu, souvent en association avec l’aspirine. Son utilisation nécessite cependant une sélection rigoureuse des patients en raison d’un risque hémorragique également plus élevé.
Les anticoagulants oraux dans certaines situations spécifiques
Il est important de distinguer les anticoagulants oraux des antiagrégants plaquettaires. Ces médicaments, qui agissent sur la coagulation du sang plutôt que sur l’agrégation plaquettaire, sont parfois nécessaires dans des situations spécifiques, notamment en cas d’AVC ischémique d’origine cardio-embolique. Dans ces cas, les antiagrégants plaquettaires seuls ne suffisent pas et un traitement anticoagulant est indispensable.
Des études récentes indiquent qu’un anticoagulant associé à un inhibiteur de P2Y12 pourrait être plus efficace que l’aspirine pour la prévention de la crise cardiaque, sans augmentation significative du risque hémorragique majeur. Cette approche thérapeutique ouvre de nouvelles perspectives pour certains patients.
Prévention secondaire vs prévention primaire : des recommandations qui évoluent 📋
Quand l’aspirine reste indispensable
En prévention secondaire, c’est-à-dire après un événement cardiovasculaire avéré (infarctus du myocarde, AVC, intervention coronarienne), l’inhibition plaquettaire reste fortement recommandée. L’aspirine à faible dose (75-325 mg/jour) constitue le traitement de référence en monothérapie. Dans les suites d’un syndrome coronarien aigu, une bithérapie associant l’aspirine à un autre antiagrégant (clopidogrel, prasugrel ou ticagrelor) est généralement prescrite pendant une durée variable selon la situation clinique.
Pour ces patients, l’aspirine cardiovasculaire n’est pas un simple médicament de confort : c’est une protection vitale qui réduit significativement le risque de récidive. L’interruption de ce traitement sans avis médical peut avoir des conséquences dramatiques.
Les nouvelles directives pour la prévention primaire
La situation est bien différente en prévention primaire, c’est-à-dire chez les personnes n’ayant jamais eu d’événement cardiovasculaire. Les recommandations ont considérablement évolué ces dernières années, et l’aspirine n’est plus systématiquement prescrite dans cette indication.
Les directives américaines de 2019 suggèrent de prescrire l’aspirine uniquement aux adultes à haut risque cardiovasculaire qui ne présentent pas de risque de saignement. La Société européenne de cardiologie (ESC) va encore plus loin en se positionnant contre l’aspirine en prévention primaire pour les patients sans maladie cardiovasculaire établie. Cette évolution s’explique par le fait que, chez ces patients, l’efficacité globale de l’aspirine est limitée tandis que le risque de saignement reste significatif.
Bon à savoir : les alternatives naturelles et l’hygiène de vie 🥗
Des aliments riches en salicylates naturels
Bien qu’ils ne puissent en aucun cas remplacer un traitement médicamenteux prescrit par un professionnel de santé, certains aliments contiennent naturellement des salicylates, les composés dont est dérivée l’aspirine. Une alimentation riche en ces aliments peut contribuer à une approche globale de prévention cardiovasculaire.
Parmi les fruits riches en salicylates naturels, on trouve les mûres, myrtilles, melon, raisin, dattes, abricots et cerises. Du côté des légumes, les tomates, radis, brocolis, épinards, patates douces, concombres et avocats sont particulièrement intéressants. D’autres aliments comme les amandes, les olives et les champignons complètent cette liste.
Une alimentation saine et variée, riche en fruits et légumes, peut ainsi fournir de l’acide acétylsalicylique de manière naturelle, en complément (et non en remplacement) d’un traitement médicamenteux approprié.
Ail, curcuma et oméga-3 : des alliés pour la santé cardiovasculaire
Au-delà des salicylates, d’autres substances naturelles ont démontré des propriétés bénéfiques pour la santé cardiovasculaire. L’ail est reconnu depuis longtemps pour sa capacité à fluidifier le sang et à réduire le cholestérol. Consommé régulièrement, il peut contribuer à une meilleure santé cardiovasculaire.
Le curcuma, épice aux puissantes propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, mérite également une place dans une alimentation préventive. Pour optimiser son absorption, il est recommandé de l’associer au poivre noir, qui multiplie sa biodisponibilité.
La vitamine E, présente dans les noix et l’avocat, et les oméga-3, que l’on trouve notamment dans les poissons gras, sont également reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire. Les oméga-3 en particulier possèdent des propriétés fluidifiantes et antioxydantes qui en font des alliés précieux dans la prévention des risques cardiovasculaires.
Important ⚠️ : Ces alternatives naturelles ne doivent jamais être considérées comme des substituts aux traitements médicamenteux prescrits. Elles constituent des compléments dans le cadre d’une hygiène de vie globale favorable à la santé cardiovasculaire.
Comment anticiper et gérer cette pénurie au quotidien
Les bons réflexes à adopter avec votre médecin et pharmacien
Face à cette pénurie annoncée, plusieurs réflexes peuvent vous aider à assurer la continuité de votre traitement. Tout d’abord, communiquez régulièrement avec votre pharmacien. Il est au courant des stocks disponibles et peut vous orienter vers les alternatives appropriées autorisées par l’ANSM. N’hésitez pas à le prévenir quelques jours avant la fin de votre traitement pour qu’il puisse anticiper et commander si nécessaire.
Consultez votre médecin si vous rencontrez des difficultés à obtenir votre traitement habituel ou si vous ressentez des effets indésirables après une substitution. Il pourra évaluer avec vous les alternatives thérapeutiques les plus adaptées à votre situation clinique spécifique.
Si vous devez voyager ou vous déplacer, anticipez vos besoins en médicaments. Assurez-vous d’avoir une réserve suffisante, surtout si vous partez dans une région où l’approvisionnement pourrait être encore plus difficile.
Ne jamais modifier son traitement sans avis médical
Ce point ne peut être assez souligné : ne modifiez jamais votre traitement de votre propre initiative, même en cas de difficulté d’approvisionnement. L’arrêt brutal de l’aspirine cardiovasculaire peut augmenter significativement le risque d’événement cardiovasculaire dans les jours qui suivent.
Si votre pharmacien vous propose une substitution autorisée par l’ANSM, vous pouvez l’accepter en toute confiance. En revanche, si vous envisagez un changement plus important de traitement (passage à un autre type d’anticoagulant par exemple), cela doit impérativement se faire en concertation avec votre médecin, qui évaluera le rapport bénéfice-risque selon votre situation personnelle.
En cas d’effets secondaires inhabituels après une substitution, ne stoppez pas votre traitement mais contactez rapidement votre médecin ou votre pharmacien pour trouver une solution adaptée. La continuité du traitement anticoagulant est essentielle pour votre protection cardiovasculaire.
Cette période de pénurie, bien que contraignante, ne doit pas compromettre votre santé cardiovasculaire. Grâce aux mesures mises en place par l’ANSM, aux alternatives thérapeutiques disponibles et à une communication efficace avec vos professionnels de santé, vous pouvez maintenir une protection optimale contre les accidents cardiovasculaires. Restez vigilant, informé et n’hésitez jamais à solliciter l’avis de votre médecin ou pharmacien en cas de doute. 💙













