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Mortalité infantile en France : ce que révèle le rapport de l’Igas

Camille par Camille
10/08/2026
dans Santé
Temps de lecture : 10 minutes de lecture

Un constat alarmant : la France recule dans le classement européen

Des chiffres qui interpellent 📊

En 2024, la France enregistre un taux de mortalité infantile de 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes. Concrètement, cela signifie que plus de quatre bébés sur 1 000 décèdent avant leur premier anniversaire. Si ce chiffre peut sembler abstrait, il prend tout son sens lorsqu’on le compare à la situation d’il y a quelques années : autrefois bien placée parmi les pays développés, la France a progressivement reculé vers le bas du classement depuis le début des années 2010.

Cette tendance à la hausse ne concerne pas uniquement quelques cas isolés. Selon les estimations, si la France avait maintenu le taux moyen de l’Union européenne, 529 décès de nourrissons auraient pu être évités en 2024. Plus frappant encore : si notre pays égalait les performances de l’Italie ou du Portugal, ce sont plus de 1 000 décès qui pourraient être prévenus chaque année.

Une position défavorable par rapport aux voisins européens

Le rapport de l’Igas souligne que la France occupe désormais le 23e rang sur 27 États européens en matière de mortalité infantile. Depuis 2015, le taux français est supérieur à la moyenne de l’Union européenne, qui s’établissait à 3,3 ‰ en 2024. Cette situation contraste fortement avec celle de nos voisins :

Pays Taux de mortalité infantile (‰)
Italie ~2,5
Portugal ~2,5
Suède ~2,5
Moyenne UE 3,3
France 4,1

Cette dégradation relative est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans une tendance longue. Alors que d’autres pays européens ont continué à améliorer leurs indicateurs de santé périnatale, la France a stagné, voire régressé.

Les causes multifactorielles d’une dégradation préoccupante

Facteurs médicaux et démographiques

Le rapport identifie plusieurs facteurs médicaux qui contribuent à cette situation. L’âge maternel moyen en hausse constitue un élément important : près de 26% des mères ont désormais plus de 35 ans, soit une augmentation significative en dix ans. Les grossesses tardives s’accompagnent d’un risque accru de complications telles que l’hypertension ou le diabète gestationnel.

La hausse des grossesses multiples représente également un facteur de risque majeur. Ces grossesses, souvent plus complexes à gérer, présentent un risque de mortalité infantile nettement plus élevé que les grossesses simples.

Bon à savoir 💡 : La prématurité et ses complications constituent la première cause de mortalité néonatale dans les pays à hauts revenus, suivies des malformations congénitales et des complications liées à l’accouchement.

Le poids des inégalités sociales et territoriales

Au-delà des facteurs strictement médicaux, le rapport met en lumière le rôle prépondérant des inégalités sociales et territoriales. Ces disparités amplifient de manière de plus en plus documentée le risque de décès du nouveau-né ou de sa mère.

Les données révèlent des écarts significatifs selon :
– Le lieu de résidence : les régions d’outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants
– L’origine géographique : les mères nées en Afrique (hors Maghreb) présentent des taux de mortalité infantile plus élevés
– La catégorie socio-professionnelle : les ouvrières et employées sont davantage touchées que les cadres

La précarité, facteur aggravant en Île-de-France et outre-mer

La situation s’est particulièrement dégradée en Île-de-France, où la mortalité infantile est en augmentation. Cette évolution s’explique en partie par la saturation des dispositifs de prise en charge, exacerbée par la précarité croissante des femmes enceintes. Entre 2010 et 2019, le nombre de femmes enceintes et de nourrissons sans-abri a considérablement augmenté dans la région.

La précarité se manifeste à plusieurs niveaux :
– Difficultés d’accès aux soins et au suivi prénatal
– Alimentation déséquilibrée
– Conditions de logement instables ou inexistantes
– Barrières linguistiques compliquant la communication avec les professionnels de santé

La question controversée des petites maternités

Pourquoi le rapport écarte cette hypothèse

L’un des points les plus débattus concerne la fermeture des petites maternités, en cours depuis plusieurs années. Contrairement à une idée répandue, les trois auteurs du rapport écartent l’hypothèse selon laquelle ces fermetures expliqueraient la hausse de la mortalité néonatale.

Leur analyse comparative montre que des pays obtiennent de meilleures performances avec des organisations très différentes : certains ont concentré les naissances dans de grandes maternités, tandis que d’autres, comme l’Italie, ont conservé de petits établissements. Le rapport conclut qu’il serait réducteur de proposer “comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, la seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités” (actuellement fixé à 300 accouchements par an).

Le véritable enjeu : prévention et suivi périnatal

Pour les auteurs du rapport, “l’essentiel de la réduction des risques de mortalité infantile se joue” à deux moments clés :

  1. Pendant la grossesse : dans la capacité à prévenir, détecter puis prendre en charge les situations à risque
  2. Après l’accouchement : dans la capacité à prendre en charge les jeunes enfants dont l’état le requiert dans les services de néonatalogie

Cette analyse déplace le débat de la question des infrastructures vers celle de la qualité du parcours de soins et du suivi des femmes enceintes. Un constat qui rejoint les observations faites dans d’autres pays européens, où l’investissement dans la prévention et l’accompagnement s’avère plus déterminant que la taille des établissements.

Illustration

Sur le terrain : témoignages de professionnels en première ligne

Mayotte : une maternité sous pression extrême 🏥

La maternité de Mayotte, souvent décrite comme la plus grande de France, voire d’Europe, illustre de manière dramatique les défis auxquels font face les professionnels de santé. Avec près de 10 000 naissances par an, un chiffre qui a doublé en 15 ans, l’établissement fonctionne avec des effectifs réduits de moitié par rapport aux besoins réels.

En septembre 2025, on comptait seulement 36 sages-femmes pour 75 nécessaires dans la maternité principale, et 60 pour 120 sur l’ensemble du territoire. Les conséquences de cette pénurie sont dramatiques :

  • Les sages-femmes suivent en moyenne 24 patientes par jour contre une quinzaine en métropole
  • Les chambres accueillent jusqu’à trois lits
  • Des accouchements se déroulent parfois dans les couloirs ou des “tipis” aménagés faute de place
  • Le manque de suivi prénatal est fréquent, avec des femmes arrivant à 7 ou 8 mois de grossesse sans aucun dossier médical

“Tout le monde s’en fiche”, déplorent les professionnels, qui estiment que les promesses d’amélioration ne sont jamais tenues.

Dans les maternités périphériques de Mayotte, l’absence d’obstétriciens, de pédiatres ou d’anesthésistes-réanimateurs contraint les sages-femmes à travailler seules et à organiser des transferts d’urgence, réalisant parfois elles-mêmes les accouchements et les réanimations en chemin.

Seine-Saint-Denis : précarité et sous-effectifs chroniques

En Seine-Saint-Denis, la situation n’est guère plus enviable. En mai 2022, il manquait une sage-femme sur trois dans les maternités du département, conduisant parfois à des refus d’inscription de patientes et à des délestages vers d’autres établissements.

À la maternité de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, les professionnels sont confrontés à une patientèle fortement touchée par la précarité. Les barrières linguistiques constituent une difficulté majeure, compliquant la communication avec des patientes venant d’Asie, d’Afrique ou d’Europe de l’Est. Les soignants doivent gérer des grossesses à haut risque et des pathologies graves, souvent exacerbées par les conditions socio-économiques précaires.

Des conditions de travail insoutenables

Au-delà des spécificités régionales, les professionnels de santé partagent des défis communs à travers la France. Le Conseil national de l’Ordre des sages-femmes alertait dès 2022 sur les “immenses” difficultés de recrutement, mettant en danger la sécurité des patientes.

Les salaires jugés insuffisants (environ 1 700 euros par mois pour des gardes de douze heures, nuits comprises) contribuent à cette crise d’attractivité. Cette dévalorisation du métier se traduit par un sentiment de mal-être chez les soignants, qui déplorent une perte de reconnaissance de leur profession.

Une étude révèle qu’un quart des mères en France ont été victimes de soins irrespectueux ou de remarques désagréables, ce qui augmente le risque de dépression post-partum. Cette situation témoigne de la tension qui règne dans les services, où la surcharge de travail peut affecter la qualité de la relation soignant-patient.

Les mesures annoncées par la ministre Stéphanie Rist

Un “chantier national” lancé en février 2026

Face à cette situation préoccupante, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a lancé en février 2026 un “chantier national” sur la santé périnatale et maternelle. Ce projet ambitieux vise à établir un diagnostic complet de l’organisation des soins périnataux, en s’appuyant sur des recommandations scientifiques et des travaux de sociétés savantes.

Les premières conclusions, présentées le 1er juillet 2026, s’articulent autour de trois axes :
1. La gouvernance de la politique périnatale
2. La qualité et la sécurité des soins
3. L’égalité d’accès à l’offre de soins

Révision des décrets de périnatalité

Parmi les mesures concrètes annoncées début juillet, figure la révision des décrets de périnatalité datant des années 1990, jugés obsolètes. Cette mise à jour devrait permettre d’adapter les normes d’encadrement et d’organisation des maternités aux réalités actuelles.

La ministre a également annoncé la création d’une instance nationale de la périnatalité et la mise en place d’indicateurs plus fiables pour mieux suivre l’évolution de la situation. Un registre national des causes de décès devrait également voir le jour pour permettre une analyse plus précise des facteurs de mortalité infantile.

Actions de prévention et amélioration du parcours de soins

Les mesures préventives occupent une place centrale dans le plan gouvernemental. Elles incluent :

  • Le renforcement de l’information sur les expositions aux perturbateurs endocriniens via des plateformes comme “Mon bilan prévention”
  • L’optimisation des parcours de soins dédiés à la fertilité
  • La généralisation des plateformes PREVENIR pour améliorer la détection précoce des risques

La question spécifique des maternités a toutefois été reportée à octobre, signe que ce sujet sensible nécessite encore des arbitrages.

Réactions mitigées des professionnels de santé

Une publication discrète qui agace

Si les conclusions du rapport de l’Igas n’ont guère surpris les professionnels de santé, sa publication discrète en août 2026, après un retard de six mois, a suscité de vives réactions. Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l’Ordre des Sages-Femmes, a déploré ce choix : “Le mois d’août, ce n’est pas propice aux lectures approfondies et exigeantes”, y voyant un signe “significatif de la façon dont on traite la périnatalité et la santé des femmes en France”.

Olivier Morel, secrétaire du Collège national des gynécologues et obstétriciens (CNGOF), a renchéri : “C’est incompréhensible qu’il ait fallu des mois pour obtenir un rapport qui ne reprend même pas la question centrale du déficit en ressources humaines”.

Entre reconnaissance et désillusion

Malgré une reconnaissance initiale de la volonté gouvernementale d’agir, une certaine désillusion s’est installée chez de nombreux professionnels. Patrick Rozenberg, président du CNGOF, a qualifié le “chantier” de “d’apparat, de représentation et de démagogie”. Le CNGOF a même menacé de se retirer des travaux, jugeant le processus trop précipité.

Les critiques sur le calendrier et les moyens

Éléonore Bleuzen-Her, présidente du Collège national des Sages-Femmes (CNSF), a estimé que trois mois pour formuler des recommandations étaient “très court”. Cette précipitation contraste avec l’ampleur du problème et la complexité des solutions à mettre en œuvre.

Une controverse de fond persiste autour du maintien des petites maternités, le président du CNGOF craignant une décision “politiquement incorrecte” de les imposer. Certains professionnels expriment également le sentiment amer que “les enfants, ça n’est pas rentable”, pointant du doigt un système de santé qui peine à investir dans la périnatalité.

Pistes d’amélioration : s’inspirer des meilleures pratiques européennes

L’importance du suivi pré et postnatal

L’analyse comparative avec nos voisins européens révèle que le système de prévention français est moins performant que celui d’autres pays, qui investissent davantage dans le suivi des mères avant et après l’accouchement. Un rapport du Sénat de septembre 2024 a souligné la nécessité de renforcer le suivi précoce et de proximité pendant et après la grossesse.

Les pays affichant les meilleurs résultats, comme la Suède, l’Italie ou le Portugal, ont en commun un accompagnement renforcé des femmes enceintes, particulièrement celles présentant des facteurs de risque. Cet investissement dans la prévention s’avère plus déterminant que la seule question de la taille des établissements.

Renforcer les effectifs et revaloriser les métiers

Le rapport du Sénat insiste sur l’importance de soutenir les soignants en garantissant des effectifs suffisants. Cela passe par :

  • La formation d’un plus grand nombre de professionnels
  • L’amélioration de l’attractivité des carrières, notamment par une revalorisation salariale
  • La révision des décrets de 1998 fixant les ratios d’encadrement des naissances

La concentration des naissances dans de grands établissements, bien que permettant de garantir un certain niveau d’équipement (99% des maternités respectent le nombre de salles de travail, et 97% ont une salle de réveil ouverte 24h/24 ou une unité de surveillance continue), ne résout pas la problématique des effectifs et de la charge de travail.

Créer un registre national des causes de décès

Pour mieux comprendre et combattre la mortalité infantile, la création d’un registre national des causes de décès apparaît comme une mesure essentielle. Cet outil permettrait une analyse plus fine des facteurs de risque et une adaptation plus rapide des politiques de santé publique.

Cette approche basée sur les données rejoint les pratiques des pays les plus performants en Europe, qui s’appuient sur des systèmes d’information robustes pour piloter leurs politiques de périnatalité.


La mortalité infantile en France constitue un enjeu de santé publique majeur qui nécessite une mobilisation à la hauteur des défis. Le rapport de l’Igas a le mérite de poser un diagnostic sans complaisance, mais son efficacité dépendra de la capacité des pouvoirs publics à transformer les recommandations en actions concrètes. Pour les professionnels de santé qui œuvrent quotidiennement dans des conditions difficiles, et pour les familles touchées par ces drames, l’urgence est réelle. Il ne s’agit plus seulement de publier des rapports, mais de mettre en œuvre des solutions pérennes qui placeront enfin la périnatalité au cœur des priorités nationales. 🍼

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Journaliste spécialisée en santé et bien-être, Camille informe avec clarté et passion pour inspirer des choix de vie sains et éclairés.

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