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Rage en Europe : pourquoi les cas augmentent depuis la guerre en Ukraine

Camille par Camille
18/06/2026
dans Santé
Temps de lecture : 9 minutes de lecture

Une recrudescence préoccupante liée au conflit ukrainien

Des chiffres alarmants en Europe centrale

Les statistiques parlent d’elles-mêmes et révèlent une progression inquiétante. En Pologne, pays jusqu’alors peu touché avec moins d’une dizaine d’animaux infectés annuellement, 113 cas ont été recensés en 2021, dont 103 dans la faune sauvage (principalement chez les renards) et 10 chez des animaux domestiques. Cette explosion soudaine a marqué le début d’une tendance qui s’est étendue aux pays voisins.

L’année suivante, la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie ont également observé une hausse significative. Selon l’Anses, le virus continue de circuler activement, avec plusieurs dizaines de cas recensés certaines années et jusqu’à 109 cas identifiés en Roumanie en 2025. Cette situation a même conduit au premier décès humain dû à la transmission de la rage par un animal non-volant dans l’Union européenne depuis 2012 : un homme est mort en Roumanie l’an dernier après avoir été mordu par un chien errant.

Le variant russe qui inquiète les autorités sanitaires

Comme l’explique Hervé Bourhy, responsable du centre national de référence (CNR) de la rage de l’Institut Pasteur, cette recrudescence est directement liée à “l’émergence d’une souche de la rage que l’on connaissait en Russie et qui s’est propagée en Europe centrale”. Il s’agit du variant C du virus, généralement trouvé dans le sud de la Russie et près du Kazakhstan, qui n’avait pas été détecté sur le sol de l’Union européenne depuis une dizaine d’années.

Les analyses génétiques ont révélé la présence de ce variant en Pologne et en Roumanie en 2024, suggérant une propagation depuis les zones de conflit. Un détail géographique révélateur : la majorité des cas détectés dans l’Union Européenne se situent à moins de 50 kilomètres des frontières avec l’Ukraine et la Moldavie.

Quand la guerre perturbe la santé publique et animale 🦊

L’interruption des programmes de vaccination en Ukraine

Pour Emmanuelle Robardet, co-autrice de l’étude de l’Anses et directrice du laboratoire de référence de l’Union européenne (LRUE) pour la rage, la situation “est une illustration de l’impact des conflits armés sur la santé et la faune sauvage”. Le virus circulait déjà en Ukraine avant la guerre, mais le nombre de cas a considérablement augmenté depuis le début du conflit.

La chercheuse précise : “Il est possible d’imaginer que les moyens pour surveiller et contrôler la maladie ont été fortement perturbés”. En effet, la vaccination de la faune sauvage, traditionnellement effectuée par largage aérien de vaccins, a été compromise ou rendue beaucoup plus difficile à mettre en œuvre manuellement depuis l’invasion de 2022. Cette interruption des campagnes de vaccination a permis au virus de continuer à se propager chez les renards roux, augmentant ainsi le risque d’infection pour d’autres populations animales et humaines.

La dispersion des animaux : un facteur aggravant

Le conflit entraîne également des déplacements massifs de populations humaines et animales. De nombreux animaux domestiques ont été abandonnés, devenant errants, tandis que la faune sauvage (renards, loups, ratons laveurs) migre des zones de combat vers des lieux plus sûrs, souvent habités. Cette dispersion augmente considérablement les contacts avec les humains et le bétail.

La destruction des habitats naturels et des ressources alimentaires par les hostilités force la faune sauvage à se rapprocher des zones densément peuplées, créant un terrain fertile pour la transmission du virus. Une biodiversité variée peut normalement limiter la propagation des maladies en “diluant” les agents pathogènes, mais sa perte due aux conflits facilite la transmission d’agents infectieux.

Le témoignage glaçant d’un médecin ukrainien

Le Dr Oleksandr Kovalchuk, traumatologue orthopédique en Ukraine, témoigne de la réalité quotidienne : “Il y a maintenant beaucoup d’animaux errants. Ils entrent souvent en contact avec des animaux sauvages, de sorte que le risque d’infection par la rage a considérablement augmenté. Chaque jour, nous voyons 5 à 10 personnes présentant des morsures. Parfois, des familles entières viennent nous consulter”.

Ce témoignage met en lumière l’ampleur du problème sur le terrain et l’augmentation exponentielle des morsures d’animaux, multipliant les risques d’exposition au virus pour la population locale.

La France face au risque : 30 ans sans contamination, mais une vigilance de mise

Un statut d’exemption fragile

La France peut se targuer d’un bilan exemplaire : aucun carnivore (chien, renard, chat) n’a été contaminé depuis bientôt trente ans. Le pays est officiellement indemne de rage terrestre depuis 2001, le dernier cas de rage vulpine remontant à 1998. Cette réussite est le fruit de campagnes systématiques de vaccination orale des renards menées à partir des années 1980.

Grâce à ces efforts, la France a pu interrompre ses programmes de vaccination des renards en 2001. Comme le souligne Hervé Bourhy : “Les moyens de lutte sont connus et efficaces”. Il se veut rassurant : “Il y a une vigilance des systèmes de surveillance en France et dans l’Union européenne” et assure que “l’Europe a tous les moyens pour éviter que ça se propage plus loin”.

Les importations illégales : la principale menace

Toutefois, ce statut d’exemption reste fragile. Selon Hervé Bourhy, “en France, le risque principal est l’importation d’animaux domestiques qui ne respectent pas les règles”. Les importations illégales d’animaux de compagnie provenant de pays où la rage est encore endémique, notamment d’Afrique du Nord, représentent une préoccupation constante.

Le dernier décès dû à la rage en France métropolitaine remonte à octobre dernier : un homme est mort après un voyage au Maghreb. Ce cas rappelle que la vigilance doit rester maximale, particulièrement pour les voyageurs.

Bon à savoir 💡 : Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire mène chaque année la campagne “Gare à la rage” pour sensibiliser les voyageurs et les détenteurs d’animaux aux mesures de prévention indispensables.

Illustration

Les stratégies européennes qui fonctionnent ✅

La vaccination orale des renards : une réussite française

La pierre angulaire de l’éradication de la rage en Europe occidentale et centrale a été les campagnes de vaccination orale (VOR) ciblant les populations de renards roux (Vulpes vulpes), identifiés comme le principal réservoir du virus. Ces campagnes, réalisées par largage d’appâts vaccinaux par hélicoptère ou avion, ont démontré une efficacité remarquable.

Pour se protéger, l’Union européenne subventionne depuis de nombreuses années la vaccination des renards dans les pays limitrophes, créant ainsi une ceinture de protection autour de son territoire. Les études ont montré qu’un taux de vaccination de 80% des renards dans une région donnée permettait d’interrompre le cycle de transmission de la maladie.

Les pays qui ont réussi à contenir le virus

De nombreux pays européens ont atteint un statut d’absence de rage grâce à des efforts similaires : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique (indemne depuis 2001), la Suisse (indemne depuis 1999), l’Estonie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie et la République tchèque. Ces succès démontrent l’efficacité des programmes de VOR lorsqu’ils sont appliqués de manière rigoureuse et continue.

Evelyne Picard-Meyer, chargée de projet en virologie moléculaire à l’Anses, observe des résultats encourageants dans certains pays touchés par la récente recrudescence : “La circulation du virus semble désormais sous contrôle en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie, grâce à la vaccination des renards roux”.

Pourquoi la Roumanie inquiète les experts

En revanche, la situation roumaine préoccupe les autorités sanitaires. Comme le précise l’Anses, “la Roumanie a interrompu son programme de vaccination”. Cette interruption explique en partie pourquoi ce pays continue d’enregistrer un nombre élevé de cas, avec 109 cas identifiés en 2025 et le décès humain de l’année dernière.

Cette situation souligne l’importance cruciale du maintien des programmes de vaccination, même après plusieurs années sans cas. L’arrêt de la surveillance peut rapidement conduire à une résurgence du virus, particulièrement dans un contexte géopolitique instable.

Voyageurs, attention ! Les précautions indispensables avant l’été ☀️

Les zones à risque en 2025

À l’approche des vacances d’été, la vigilance s’impose pour les voyageurs. En 2025, 366 cas animaux ont été détectés dans six pays européens : Hongrie, Moldavie, Norvège, Pologne, Roumanie et Slovaquie. Ces destinations nécessitent une attention particulière, tout comme les pays d’Asie et d’Afrique où la rage circule activement.

Dans ces zones à risque, il est fortement conseillé d’éviter tout contact avec les chiens, les chats ou même les singes. La rage est transmise à l’humain par la salive de certains animaux, notamment lors de morsures, griffures ou même de léchage d’une plaie ou d’une muqueuse.

Pourquoi il ne faut JAMAIS adopter un animal à l’étranger

Le spécialiste Hervé Bourhy rappelle une règle d’or : il ne faut jamais “adopter d’animaux dont le statut sanitaire est inconnu et les ramener de l’étranger”. Cette recommandation vaut particulièrement pour les destinations d’Asie et d’Afrique, mais également actuellement pour des pays comme la Roumanie.

L’Union européenne a mis en place un cadre réglementaire strict pour le mouvement non commercial des animaux de compagnie (chiens, chats et furets). Les exigences incluent :

  • Identification par puce électronique ou tatouage lisible
  • Vaccination antirabique valide réalisée après l’identification et au moins 21 jours avant le mouvement
  • Un passeport européen pour animal de compagnie attestant de ces informations

Face à l’afflux d’animaux de compagnie ukrainiens en France, un dispositif spécifique a été mis en place en collaboration avec des associations comme “Vétérinaires Pour Tous” et la Fondation Brigitte Bardot, pour la prise en charge des frais vétérinaires et la gestion sanitaire de ces animaux.

Le cas particulier des chauves-souris en France 🦇

Un risque souvent méconnu concerne les chauves-souris. Des cas exceptionnels de contaminations ont été observés en France, avec un décès en 2019. Comme l’explique Hervé Bourhy, pour ces espèces, “il n’y a pas de méthode de lutte comme la vaccination pour le renard”.

Bien que les cas de transmission à l’humain restent très rares, il est indispensable de se rendre dans un centre antirabique en cas de contact ou de morsure par une chauve-souris. Ces animaux peuvent être porteurs du virus sans présenter de symptômes apparents.

Que faire en cas de morsure ou de contact suspect ?

Les gestes qui sauvent

En cas de morsure, griffure ou léchage d’une plaie ou d’une muqueuse par un animal potentiellement enragé, la rapidité d’action est cruciale. Voici les gestes à effectuer immédiatement :

  1. Laver abondamment la plaie à l’eau et au savon pendant au moins 15 minutes
  2. Désinfecter avec un antiseptique approprié
  3. Consulter immédiatement un professionnel de santé ou se rendre dans un centre antirabique

En France, des protocoles stricts de surveillance vétérinaire sont obligatoires en cas de morsure par un animal domestique. L’Ordre national des vétérinaires insiste sur le fait que la vigilance des vétérinaires est essentielle pour maintenir le statut d’exemption du pays.

La vaccination post-exposition : une chance unique

La rage est l’une des seules maladies pour lesquelles un vaccin peut être efficace après la contamination. Cette particularité offre une fenêtre d’intervention précieuse, à condition d’agir rapidement. Le traitement post-exposition comprend généralement :

  • Le nettoyage minutieux de la plaie
  • L’administration d’immunoglobulines antirabiques (si nécessaire)
  • Un protocole vaccinal complet

Toutefois, une fois les symptômes apparus, le pronostic devient dramatique : le taux de létalité est de près de 100%. Cette réalité souligne l’importance absolue de la prévention et de la consultation rapide en cas d’exposition.

Les centres antirabiques en France

La France dispose d’un réseau de centres antirabiques répartis sur l’ensemble du territoire. Ces centres spécialisés sont équipés pour évaluer le risque d’exposition, administrer le traitement post-exposition si nécessaire et assurer le suivi des personnes exposées.

Une vaccination préventive est également conseillée pour certaines catégories de personnes : les voyageurs se rendant dans des zones à risque, les professionnels exposés (vétérinaires, spéléologues, personnel de laboratoire), et toute personne amenée à manipuler régulièrement des animaux sauvages.

Une maladie mortelle mais évitable

Les chiffres de l’OMS qui font froid dans le dos

Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la rage tue environ 59 000 personnes par an à travers le monde. Ces décès surviennent principalement en Asie et en Afrique, où la rage canine reste endémique et où l’accès aux traitements post-exposition est souvent limité.

Dans 99% des cas, ce sont les chiens qui transmettent le virus à l’Homme. Cette réalité souligne l’importance cruciale de la vaccination des animaux domestiques dans les pays où la rage est encore présente. Pour interrompre le cycle de transmission, une couverture vaccinale de 70% de la population canine est nécessaire.

Pourquoi la rage reste un enjeu mondial

Malgré les succès obtenus en Europe occidentale, la rage demeure un problème de santé publique majeur dans de nombreuses régions du monde. Les conflits armés, comme celui en Ukraine, démontrent la fragilité des acquis et la rapidité avec laquelle la situation peut se dégrader lorsque les programmes de surveillance et de contrôle sont perturbés.

Les systèmes de santé publique sont gravement affectés par les conflits, avec une dégradation des infrastructures, des diagnostics rendus plus complexes, des programmes de vaccination perturbés et un accès limité aux traitements. Au-delà de la rage, d’autres maladies zoonotiques comme la peste porcine africaine ou l’influenza aviaire hautement pathogène représentent également un danger pour la faune sauvage et les animaux domestiques dans les régions touchées par les conflits.

La situation actuelle en Europe rappelle que la lutte contre la rage nécessite une vigilance constante, des programmes de vaccination maintenus et une coopération internationale renforcée. Comme l’affirme Hervé Bourhy avec détermination : “On ne va pas laisser les cas se développer”. Cette promesse repose sur la mobilisation continue des autorités sanitaires, la sensibilisation du public et le respect strict des mesures de prévention, particulièrement en cette période estivale où les déplacements s’intensifient.

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Journaliste spécialisée en santé et bien-être, Camille informe avec clarté et passion pour inspirer des choix de vie sains et éclairés.

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