Les piliers de l’emploi en France : des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
La santé, un secteur en pleine expansion
Le secteur de la santé et de l’action sociale représente aujourd’hui 4,87 millions d’emplois en France, avec pas moins de 6,85 millions de recrutements enregistrés en 2025. Ces chiffres impressionnants témoignent du dynamisme exceptionnel de ce domaine. Fin 2024, les établissements de santé employaient à eux seuls 1,4 million de personnes, dont 77% dans le secteur public.
Au total, près de 1,87 million de professionnels de la santé exercent en France, représentant 6,5% de la population active. C’est considérable ! Les projections de France Stratégie et de la Dares annoncent une croissance spectaculaire avec la création de 312 000 emplois de professionnels de santé entre 2019 et 2030.
💡 Bon à savoir : Les métiers les plus créateurs d’emplois dans la santé sont les infirmiers et sages-femmes (+113 000 postes), les aides-soignants (+110 000) et les médecins (+49 000).
L’éducation nationale, premier employeur de France
Avec 1,2 million d’agents en 2023, le ministère de l’Éducation nationale représente un cinquième de l’emploi public français. Pour l’année scolaire 2024-2025, on comptait près de 852 800 enseignants dans les établissements publics et privés sous contrat, auxquels s’ajoutent environ 92 500 enseignants dans l’enseignement supérieur public.
Cette armada de professionnels se compose de 367 500 professeurs des écoles et 485 300 professeurs de collège et lycée, sans oublier les 353 900 personnels de direction, d’inspection, d’éducation et d’administration. L’Éducation nationale demeure ainsi le premier employeur de France, une position qui souligne son importance stratégique.
Des perspectives de croissance sans précédent
Pour 2026, 168 300 embauches sont attendues dans la santé et l’action sociale, faisant de ce secteur le seul à maintenir une dynamique de recrutement positive (+0,8%). Cette tendance s’inscrit dans une perspective à long terme où les besoins en personnel qualifié ne cessent de croître, portés par le vieillissement de la population et l’évolution des besoins sanitaires.
Quand les chiffres révèlent une crise des vocations
La santé face à des tensions de recrutement alarmantes
Paradoxalement, malgré ces perspectives florissantes, le secteur de la santé fait face à des difficultés de recrutement majeures. France Travail identifie les métiers de la santé parmi les catégories les plus en tension, avec un déficit projeté de 100 000 à 200 000 professionnels paramédicaux d’ici 2030 si les tendances actuelles persistent.
Les postes les plus recherchés révèlent l’ampleur du défi :
– 69 500 projets de recrutement pour les auxiliaires de vie
– 62 100 pour les aides-soignants
– 36 700 pour les infirmiers et sages-femmes
Ces difficultés s’expliquent par plusieurs facteurs : la concurrence entre établissements, l’image parfois dégradée du secteur, la pénibilité du travail et les horaires décalés qui pèsent lourdement sur l’attractivité de ces métiers essentiels. 😰
L’éducation confrontée à l’attractivité en berne
Du côté de l’éducation, la situation n’est guère plus réjouissante. Bien que le taux de postes vacants d’enseignants reste relativement faible comparé à d’autres pays de l’OCDE (0,1% en 2021-2022), la France a connu une forte augmentation du nombre de postes non pourvus ces dernières années, atteignant environ 2 500 postes.
Les difficultés de recrutement se concentrent particulièrement dans certaines académies comme Créteil, Versailles, Mayotte et la Guyane, créant des inégalités territoriales préoccupantes. Les départs à la retraite importants prévus dans les années à venir offrent certes de bonnes perspectives d’emploi, mais le niveau Bac+5 souvent requis constitue un frein pour de nombreux candidats potentiels.
Le paradoxe : beaucoup d’emplois, peu de candidats
Ce paradoxe illustre parfaitement la problématique soulevée par Pierre Veltz : ces secteurs, bien que pourvoyeurs massifs d’emplois, peinent à attirer et retenir les talents. La question n’est donc pas seulement quantitative mais profondément qualitative. Comment rendre ces métiers désirables ? Comment valoriser ces professions essentielles au bon fonctionnement de notre société ?
Les réformes en marche : ambitions et réalités de terrain
Santé : du 100% Santé à la révolution numérique
Le système de santé français connaît des transformations profondes. Le dispositif 100% Santé, entré en vigueur en 2019, vise à améliorer l’accès à certains soins coûteux (lunettes, prothèses dentaires et auditives) en assurant une prise en charge intégrale sans reste à charge pour l’assuré. En 2026, cette couverture s’étend aux prothèses capillaires, marquant une volonté d’élargir progressivement le périmètre de cette protection.
La période 2020-2025 a également vu une accélération de la numérisation du système de santé avec des programmes ambitieux comme le Ségur Numérique et l’Espace européen des données de santé (EEDS). Ces initiatives visent à moderniser les pratiques et à faciliter le partage d’informations entre professionnels.
Concernant la prévention, de nouvelles mesures entrent en vigueur au 1er janvier 2026, notamment une taxe modulée sur les boissons édulcorées. Toutefois, la réforme de Santé publique France, annoncée début 2026, soulève des inquiétudes quant à l’avenir de la prévention, avec des transferts de missions qui pourraient fragiliser les campagnes nationales.
Éducation : retour aux fondamentaux et groupes de niveaux
La réforme scolaire 2025 marque un tournant avec un retour affirmé aux fondamentaux. Les mathématiques sont redevenues obligatoires dans le tronc commun en première depuis la rentrée 2023, avec une heure et demie de cours supplémentaire par semaine. Des clubs de maths se développent dès le primaire pour susciter l’intérêt des élèves.
L’introduction de groupes de niveaux en français et mathématiques pour les élèves de première et seconde année de collège constitue une mesure controversée. Si l’objectif affiché est de mieux adapter l’enseignement aux besoins de chaque élève, cette approche suscite des débats sur le risque de stigmatisation et de reproduction des inégalités.
Les nouveaux programmes de mathématiques et de français s’appliquent de la maternelle à la 6e à la rentrée 2025, tandis qu’un nouveau programme d’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) est progressivement déployé. Le Plan Avenir, lancé à la rentrée 2025, vise à renforcer l’orientation scolaire avec un plan pluriannuel dans chaque établissement.
Formation des professionnels : repenser les parcours
Une réforme majeure de la première année d’accès aux études de santé est prévue pour la rentrée 2027. Elle remplacera le système PASS/LAS par un modèle harmonisé au niveau national, avec un parcours unique divisé en trois blocs d’enseignement : santé, disciplinaire et transversal. L’objectif est de simplifier les parcours et de garantir plus d’équité entre les étudiants, bien que France Universités insiste sur la nécessité de moyens humains et financiers dédiés.
Du côté de l’éducation, la réforme de la formation des enseignants vise à attirer davantage de candidats en ouvrant les concours dès bac +3 et à mieux préparer les futurs enseignants avec une formation progressive et professionnalisante dès la licence. La création d’une Licence professorat des écoles (LPE) est prévue pour la rentrée 2026, marquant une volonté de professionnaliser plus tôt les parcours.

La voix des professionnels : entre épuisement et espoir
Soignants à bout de souffle : 96% ressentent une fatigue intense
Les témoignages des professionnels de santé dressent un tableau alarmant. Une enquête de mars-avril 2023 révèle que 96% des soignants en France ressentent une fatigue intense au travail. Ce chiffre vertigineux n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’une accumulation de facteurs délétères.
Les principales causes identifiées sont :
– La lourdeur administrative (55%)
– Le manque de reconnaissance (54%)
– Des effectifs trop réduits (46%)
– Un nombre trop élevé de patients (45%)
Le manque de temps de récupération, un mauvais management et une organisation défaillante complètent ce tableau préoccupant. Les professionnels de santé libéraux ne sont pas épargnés : 66% se déclarent souvent ou très souvent stressés, 57% souffrent d’épuisement émotionnel et 27% de troubles du sommeil fréquents. La majorité travaillent plus de 40 heures par semaine, et 25% au-delà de 60 heures, sans pauses régulières pour la moitié d’entre eux. 😓
« La crise de la COVID-19 a mis en lumière la fragilité d’un système de santé déjà sous tension, révélant des failles structurelles que nous ne pouvons plus ignorer. »
Enseignants désenchantés : quand la passion ne suffit plus
Les enseignants perçoivent une dégradation de leurs conditions de travail, citant la surcharge de travail, le nombre d’élèves par classe et les injonctions multiples comme principaux freins à l’exercice de leur métier. Pour 49% d’entre eux, les conditions de travail constituent le principal obstacle à leur épanouissement professionnel.
Le temps de travail réel dépasse largement les 35 heures hebdomadaires et inclut de nombreuses heures non rémunérées de préparation de cours, de correction et de réunions. En moyenne, un enseignant à temps plein effectue 41 heures et 24 minutes de travail par semaine (hors vacances scolaires).
Le sentiment d’un regard négatif et critique de la société sur leur profession est également très présent. Les attentes à l’égard des enseignants sont de plus en plus élevées, tandis que la gestion de la classe et la motivation des élèves représentent des difficultés croissantes. Certains témoignages évoquent un « désenchantement » face à un système scolaire qui fait passer les considérations gestionnaires avant la pédagogie, entraînant une souffrance croissante.
Des attentes communes : reconnaissance et conditions de travail
Au-delà des spécificités de chaque secteur, soignants et enseignants partagent des attentes similaires : une meilleure reconnaissance de leur travail, des conditions d’exercice améliorées et un équilibre vie professionnelle-vie personnelle plus respecté. Ces revendications ne sont pas des caprices mais des conditions essentielles pour maintenir la qualité des services rendus à la population.
Revaloriser pour mieux investir : l’urgence d’une transformation
Au-delà du salaire : repenser l’organisation du travail
Si la question salariale reste centrale, elle ne constitue qu’une partie de la solution. Les enseignants français sont moins bien rémunérés que leurs homologues européens, avec un salaire de début de carrière dans le secondaire environ 1,4 fois le SMIC aujourd’hui, contre deux fois le SMIC en 1980. Seuls 27% des enseignants de collège se déclarent satisfaits de leur rémunération, contre 37% en moyenne dans l’UE.
Des mesures de revalorisation salariale ont été mises en place dans la santé, notamment avec les accords du Ségur de la Santé en 2020, qui ont alloué près de 8 milliards d’euros par an pour les professionnels non médicaux. Les augmentations de 183€ nets/mois pour le public et 160€ nets/mois pour le privé non lucratif constituent des avancées, mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur des défis.
Réduire la charge administrative et bureaucratique
La lourdeur administrative constitue un fardeau majeur pour les professionnels des deux secteurs. Dans la santé, elle accapare un temps précieux qui devrait être consacré aux soins. Dans l’éducation, elle éloigne les enseignants de leur mission pédagogique première. Cette bureaucratisation excessive nuit à l’efficacité et au sens du travail.
Les professionnels réclament une simplification des procédures et une réduction des tâches administratives pour se recentrer sur leur cœur de métier. Cette demande légitime nécessite une refonte en profondeur des modes d’organisation et de gestion, avec une véritable confiance accordée aux professionnels de terrain.
Créer des environnements propices à l’épanouissement professionnel
La réduction des effectifs par classe dans l’éducation, l’amélioration des ratios soignants-patients dans la santé, la fin de l’infantilisation et une flexibilité managériale accrue constituent des leviers essentiels pour créer des environnements de travail plus sains et plus efficaces.
Les jeunes générations de médecins revendiquent particulièrement un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, un enjeu qui concerne également les enseignants. Cette aspiration légitime nécessite une réorganisation du travail et une meilleure répartition des charges.
L’investissement dans l’humain, clé de notre avenir collectif
Santé et éducation : des secteurs stratégiques pour la société
Comme le souligne Pierre Veltz, santé et éducation ne sont pas de simples secteurs d’activité parmi d’autres. Ils constituent les fondations de notre société et les investissements les plus rentables à long terme. Une population en bonne santé et bien formée représente le capital le plus précieux d’une nation.
Les Français l’ont bien compris : une enquête de 2026 montre qu’ils jugent prioritaire le fonctionnement de l’hôpital et des urgences, ainsi que la formation des professionnels de santé. Cette conscience collective doit se traduire par des choix politiques courageux et des investissements massifs.
Le coût de l’inaction face aux bénéfices de l’investissement
Ne pas investir suffisamment dans ces secteurs coûte bien plus cher à long terme. Les tensions de recrutement, l’épuisement des professionnels, la dégradation de la qualité des services et les inégalités territoriales croissantes constituent autant de signaux d’alarme qu’il serait irresponsable d’ignorer.
En 2024, 4,466 milliards d’euros ont été consacrés à l’école inclusive, finançant notamment des personnels spécialisés comme les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), dont le nombre a augmenté de 55% depuis 2017. Ces investissements, bien que conséquents, restent insuffisants face aux besoins réels.
Vers une vision à long terme du service public
La transformation nécessaire des secteurs de la santé et de l’éducation exige une vision à long terme qui dépasse les cycles électoraux et les considérations budgétaires à court terme. Il s’agit de repenser en profondeur notre modèle de service public, en plaçant l’humain au centre des préoccupations.
Les réformes en cours, qu’il s’agisse de la nouvelle étape de décentralisation dans le sanitaire et médico-social annoncée en novembre 2025, de la réforme de la voie professionnelle ou du renforcement de l’école inclusive, vont dans le bon sens. Mais elles doivent s’accompagner de moyens à la hauteur des ambitions affichées.
La loi n° 2025-580 du 27 juin 2025 visant à améliorer l’accès aux soins par la territorialisation et la formation introduit notamment un accès direct aux infirmiers en pratique avancée (IPA), aux kinésithérapeutes et aux orthophonistes, élargissant les compétences de plusieurs professions paramédicales. Ces évolutions témoignent d’une volonté de repenser l’organisation des soins pour mieux répondre aux besoins de la population.
L’Année de l’ingénierie (2025-2026) vise à promouvoir les métiers de l’ingénierie, en particulier auprès des jeunes filles, et à sensibiliser aux enjeux du XXIe siècle. Cette initiative illustre la nécessité d’une approche transversale, reliant éducation, orientation et besoins économiques.
Pierre Veltz a raison de rappeler que santé et éducation constituent les investissements décisifs pour l’avenir. Mais au-delà du constat, c’est l’action qui compte. La revalorisation ambitieuse des emplois de service, la transformation des conditions de travail et la reconnaissance de la valeur de ces métiers essentiels ne sont pas des options : ce sont des impératifs pour construire la société de demain. Les professionnels de ces secteurs ne demandent pas la lune, ils réclament simplement les moyens d’exercer dignement leur métier et de servir au mieux la population. Il est temps de les écouter et d’agir en conséquence. 💪✨













